10 septembre 2026 · Neo Sechele
Bail EDB-PSH: ce que les pièces du dossier confirment, et ce qu'elles laissent sans répons
Les documents disponibles éclairent partiellement le bail EDB-PSH, soulevant des questions sur l'appel d'offres de 2018.
Bail EDB-PSH: ce que les documents disponibles permettent, et ne permettent pas, d'établir
Un chiffre structure tout le débat. Le loyer d'un immeuble de bureaux, passé de 625 à 1 147 roupies par mètre carré selon les éléments circulant dans la presse et dans les prises de position politiques, constitue le point d'entrée d'une controverse portant sur les conditions dans lesquelles un contrat public a été attribué, exécuté et reconduit. Avant d'examiner ce que cette progression signifie, il convient de poser la chronologie telle qu'elle ressort des informations disponibles: un appel d'offres public lancé en octobre 2018, un contrat signé en août 2019. Ces deux dates, et ce qu'elles encadrent, structurent l'ensemble du récit critique.
La controverse, documentée notamment par L'Express dans un article consacré au bail de l'EDB et aux loyers versés à la PSH Investment de Vinash Gopee depuis fin 2022, repose sur plusieurs éléments présentés comme convergents. Le premier est la présence d'un seul soumissionnaire déclaré conforme à l'issue de l'appel d'offres de 2018. Le second est la durée des périodes de verrouillage inscrites dans le bail, lues comme un marqueur d'atypicité contractuelle. Le troisième est une proximité supposée entre le bénéficiaire du contrat et l'ancien pouvoir en place au moment de l'attribution. C'est l'enchaînement de ces trois éléments qui fonde, dans une partie de la couverture médiatique et du débat politique, la thèse d'un favoritisme organisé.
L'examen de cette construction argumentative révèle cependant des zones non documentées que le récit critique ne comble pas.
Sur la question du soumissionnaire unique, aucune pièce d'évaluation du processus n'a été produite publiquement. Ni rapport d'analyse, ni feuille de notation, ni document montrant que d'autres candidats auraient répondu à l'appel d'offres sans satisfaire aux spécifications. L'absence de concurrence visible est réelle, mais elle ne suffit pas, en elle-même, à établir que le jeu a été verrouillé. Dans les marchés de bureaux spécialisés, en particulier lorsque l'immeuble est à construire selon un programme défini, des exigences techniques élevées peuvent mécaniquement réduire le nombre d'opérateurs en capacité de répondre dans les délais et selon les contraintes imposées. La question déterminante devient alors celle du contenu des spécifications de 2018: étaient-elles calibrées pour un usage public précis, conformément à des pratiques ordinaires en matière d'aménagement sur mesure, ou présentaient-elles des caractéristiques propres à n'avantager qu'un seul opérateur identifiable à l'avance? Le récit disponible ne répond pas à cette question. Il la pose, sans l'instruire.
Le même constat s'applique aux périodes de verrouillage du bail. Dans un contrat de longue durée portant sur un actif construit selon un programme spécifique, des clauses de ce type remplissent une fonction technique reconnaissable: elles donnent de la visibilité au financeur qui supporte le risque de construction, et elles sécurisent l'occupant sur la disponibilité future des locaux. Ces mécanismes ne sont pas propres aux contrats publics mauriciens, et leur présence ne constitue pas, à elle seule, une anomalie. Pour qu'elle le devienne, il faudrait disposer d'une comparaison avec des baux similaires conclus par l'EDB ou d'autres entités publiques comparables, sur des actifs de nature équivalente. Cette comparaison n'est pas fournie. En l'absence de cette référence, affirmer que les durées de verrouillage dérogent à une norme identifiable reste une hypothèse, pas un constat étayé.
La même limite méthodologique affecte l'argument tiré du niveau de loyer. L'augmentation de 625 à 1 147 roupies par mètre carré est présentée comme un indicateur de dérive financière, mais aucun rapprochement documenté n'est établi avec des loyers comparables pour des surfaces de bureau de gabarit et de contraintes équivalents, dans des immeubles construits sur mesure pour des entités publiques et situés dans des zones similaires. Sans ce point de comparaison, la progression affichée reste une donnée brute. Elle peut refléter une évolution normale des coûts sur la durée du bail, une indexation contractuelle, une réévaluation liée à des travaux ou à une révision de surface, ou encore un avantage indu accordé au bailleur. Les documents disponibles ne permettent pas de trancher entre ces hypothèses.
Ce que l'on peut établir avec certitude à ce stade se limite à ceci: un appel d'offres lancé en octobre 2018, un contrat signé en août 2019, un seul soumissionnaire déclaré conforme, un loyer en hausse significative, et des périodes de verrouillage dont la durée fait débat. Ce que l'on ne peut pas établir, en l'état des pièces rendues publiques, c'est la chaîne causale qui relierait ces faits à une manipulation délibérée du processus d'attribution.
La publication des spécifications techniques de l'appel d'offres de 2018, des éventuels rapports de l'autorité adjudicatrice sur la conformité des offres reçues, et d'une analyse comparative des loyers du marché pour des actifs similaires constituerait la prochaine étape vérifiable (et probablement décisive). Sans ces documents, la question de savoir si le processus a été régulier ou orienté reste entière.