27 août 2026 · Neo Sechele
Nairobi accueille treize pays africains pour refondre les protocoles de protection dans le
Religieuses et juristes de treize pays réunis à Nairobi pour prévenir les abus avant qu'ils surviennent.
Nairobi, 30 et 31 juillet : une conférence réunit des religieuses et des juristes de treize pays africains
C'est un document de travail, une liste de procédures et un calendrier de deux jours qui constituent le point de départ de cet examen. Les 30 et 31 juillet, à Nairobi, des religieuses et des professionnels du droit venus de treize pays africains se sont réunis dans le cadre de la Conférence africaine pour les sœurs catholiques en droit canonique et civil. L'objet déclaré de la rencontre était précis : revoir en profondeur la manière dont les institutions religieuses construisent des environnements sûrs, non pas en réaction à un préjudice déjà commis, mais en anticipation structurelle de celui-ci.
Ce point de départ mérite d'être saisi avec soin, parce qu'il marque un déplacement dans la logique même du dispositif. Pendant longtemps, la question posée aux institutions ecclésiales était celle de la réponse : que faire après qu'un abus a eu lieu ? La conférence de Nairobi a posé une question différente, que l'on peut formuler ainsi : comment l'autorité doit-elle être organisée pour que l'abus soit moins probable dès l'origine ?
Francesco Pappalardo, consultant juridique de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, a présenté devant les participantes l'infrastructure opérationnelle qui distingue une politique de protection fonctionnelle d'une politique purement formelle. Selon lui, plusieurs éléments sont indispensables : des procédures de signalement simplifiées, une délégation claire des responsabilités, des processus d'accompagnement fiables, des systèmes d'évaluation rigoureux et un leadership collaboratif qui intègre la sécurité dans chaque dimension de la gouvernance ecclésiale. Sans ces mécanismes concrets, a-t-il soutenu, la protection ne reste qu'un engagement sur le papier.
La conférence a également mis en lumière un angle mort institutionnel : la sécurité des religieuses elles-mêmes. Claudia Giampietro, membre de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, a indiqué que les sœurs et les frères religieux tendent à taire leurs propres expériences d'abus, ce qui laisse les dispositifs de protection structurellement incomplets. Une politique de sauvegarde efficace doit, selon elle, s'étendre aux personnes qui travaillent au sein des communautés religieuses, et pas seulement à celles que ces communautés servent.
Par contraste avec cette approche réactive, les échanges ont convergé vers une conviction partagée : la protection la plus durable prend racine bien avant le début du ministère. Sr Dr Mary Lembo, psychothérapeute et membre de la Congrégation de Sainte-Catherine d'Alexandrie, a soutenu que les instituts doivent évaluer les expériences de vie des candidates dès le recrutement, afin de comprendre ce qui leur permet de se sentir en sécurité. La formation ne saurait être réduite à une liste de cases à cocher dans un ordre séquentiel : elle doit être un parcours modelé par l'histoire individuelle de chaque candidate.
Lembo a plaidé pour l'intégration des codes de conduite et des règles de protection dans les cursus de formation, afin que les religieuses puissent discerner quand elles se sentent en sécurité, avec qui elles se sentent en sécurité, et si les autres se sentent en sécurité en leur présence. Cette approche crée, selon ses propres termes, un terrain fertile où la protection peut prendre racine et se développer tout au long de la vocation d'une sœur.
Un modèle déjà opérationnel a retenu l'attention des participantes. La Conférence des femmes religieuses en Inde a créé en 2023 une cellule de traitement des plaintes qui forme les femmes religieuses sur les différentes formes d'abus et sur les lois de protection applicables, tout en offrant une plateforme de signalement assortie d'un accompagnement garanti. Les déléguées présentes à Nairobi y ont vu un modèle susceptible de renforcer les infrastructures de protection à travers le continent africain.
Johanna Streit, responsable de la protection à Missio Aachen, a détaillé les mécanismes pratiques de la réception des signalements. Les personnes chargées de traiter les allégations doivent écouter sans jugement, respecter la confidentialité et formuler des affirmations simples comme "je comprends" ou "je vous entends." Il est tout aussi important, a-t-elle précisé, de connaître les ressources disponibles et d'orienter les survivantes vers une aide professionnelle adaptée, qu'elle soit médicale, juridique, psychologique ou spirituelle.
Les procédures canoniques elles-mêmes ont été examinées sous l'angle de la protection. Sr Eutropia Chao Mwakamba, directrice de l'organisation Catholic Sisters in the Legal Profession, a décrit comment son organisation accompagne les congrégations dans la séparation canonique de leurs membres, en veillant à ce que ce processus se déroule dans la dignité et avec une responsabilité clairement exercée. L'organisation assure un accompagnement des sœurs concernées, les oriente vers un soutien psychologique et assure un suivi après leur départ de l'institut. Dans ces situations, la protection signifie exercer l'autorité avec transparence et responsabilité tout en respectant la dignité et les droits de la personne, une distinction qui se perd fréquemment lorsque les institutions font passer la procédure avant la personne.
Sr Jane Wakahiu, vice-présidente adjointe de la Catholic Sisters Initiative au sein de la Conrad N. Hilton Foundation, a évoqué des survivantes devenant des "blessées guérisseuses," leur douleur personnelle transformée par la grâce en empathie et en capacité de guérir autrui. L'initiative des sœurs Theresa Aletheia et Danielle Lussier donne une forme concrète à cette idée : puisant dans leurs propres expériences d'abus au sein de l'Église, les deux religieuses sont en cours de fondation des Sisters of the Little Way of Beauty, Truth and Goodness à Lexington, dans le Kentucky, pour soutenir d'autres sœurs ayant vécu des abus.
L'ensemble des discussions a inscrit la protection dans ce que les participantes ont désigné comme un cheminement synodal impliquant une responsabilité partagée à chaque niveau de la vie religieuse. La question qui demeure à l'issue de ces deux jours de travail à Nairobi est celle de la mise en œuvre concrète : comment les cadres discutés se traduiront-ils en systèmes opérationnels dans treize pays, chacun doté de son propre paysage juridique canonique et civil ? C'est cette question que les déléguées ont emportée avec elles en rentrant chez elles, et la réponse qu'elles y apporteront constituera le prochain élément vérifiable du dossier. Des informations supplémentaires sur la conférence et ses thèmes sont disponibles à l'adresse https://www.globalsistersreport.org/religious-life/legal-conference-sisters-across-africa-discuss-safeguarding-against-abuse.