29 août 2026 · Neo Sechele
Pretoria soumet un dossier probatoire complet à la CIJ contre Israël pour non-respect d'or
Pretoria accuse Israël d'avoir ignoré trois décisions contraignantes rendues par la cour en 2024.
Un vendredi, Pretoria a formalisé une étape décisive dans la procédure qu'elle conduit devant la Cour internationale de Justice. L'Afrique du Sud a transmis à la juridiction un dossier probatoire complet alléguant qu'Israël n'a pas respecté trois ordonnances contraignantes que la cour avait déjà rendues. Ce n'est pas l'affirmation d'un résultat qui ouvre la procédure, mais un ensemble de documents. La question que la CIJ doit désormais trancher est celle de la conformité d'un État à des décisions qu'elle a elle-même prononcées.
Pour saisir la portée de cette soumission, il faut remonter au point de départ chronologique. Le 29 décembre 2023, l'Afrique du Sud a saisi la CIJ en alléguant qu'Israël commettait des actes de génocide à l'encontre des Palestiniens de Gaza, sur le fondement de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948. Cette saisine initiale a conduit la cour à rendre trois ordonnances de mesures provisoires, dont Pretoria soutient aujourd'hui qu'elles sont demeurées lettre morte.
Ces trois ordonnances ont été rendues respectivement le 26 janvier, le 28 mars et le 24 mai 2024. La première exigeait qu'Israël prenne toutes les mesures nécessaires pour prévenir des actes relevant de la définition posée par la Convention sur le génocide. La deuxième imposait des garanties spécifiques contre les actes génocidaires de la part des forces militaires israéliennes. La troisième demandait expressément la cessation des opérations militaires à Rafah. Les ordonnances prévoyaient en outre qu'Israël soumette à la cour des rapports réguliers sur les mesures prises pour s'y conformer. Le dossier déposé par Pretoria indique, dans les termes du Département des relations internationales et de la coopération, qu'Israël ne s'est pas conformé à ces ordonnances, ce qui a conduit l'Afrique du Sud à déclarer vouloir poursuivre toutes les voies disponibles pour contraindre Tel-Aviv à respecter les exigences de la Convention.
Le document ne se limite pas à une contestation procédurale. Il contient des chiffres que Pretoria présente comme établis à la date d'août 2026: au moins 73 407 Palestiniens tués et 174 335 blessés, représentant selon la soumission plus de 10 % de la population palestinienne. Depuis l'annonce de ce que la soumission désigne comme le prétendu cessez-le-feu, le dossier affirme qu'en moyenne un enfant palestinien a été tué chaque jour par les forces militaires israéliennes. Des données sanitaires versées au dossier indiquent par ailleurs que les taux de fausses couches parmi les femmes palestiniennes ont plus que triplé en 2026. Ces éléments constituent, dans la logique du document, des indicateurs factuels appuyant l'allégation de non-conformité aux ordonnances provisoires.
Le dossier étend ensuite le périmètre de ses allégations aux conditions de détention. Il affirme que des Palestiniens détenus ont été soumis à la torture, à des violences sexuelles et à des traitements cruels, inhumains et dégradants. La soumission mentionne également la mise à mort de journalistes locaux par Israël et le refus opposé aux organes d'enquête mandatés par l'ONU qui cherchaient à entrer dans Gaza. L'Afrique du Sud caractérise ces actes comme une tentative d'entraver la documentation des faits allégués. Ces assertions sont portées par le dossier déposé devant la cour; la portée exacte des éléments de preuve qui les étayent reste à examiner dans le cadre de la procédure.
L'argumentation de Pretoria comporte une dimension institutionnelle que le document formule sans détour. Le dossier avertit que les droits substantiels des Palestiniens de Gaza risquent d'être détruits avant que la cour ne rende sa décision finale, et qualifie le défaut de conformité de menace pour la légitimité de la CIJ elle-même. Cette formulation ne s'adresse pas uniquement aux juges. Elle interpelle la communauté internationale dans son ensemble et fait de la soumission un document à vocation aussi bien politique que juridique, cadrage délibéré plutôt que constat neutre.
Par contraste, pour les observateurs du droit international, la phase de conformité que Pretoria cherche à activer est techniquement distincte du fond de l'affaire en génocide. La CIJ doit évaluer si Israël a satisfait à ses obligations au titre des trois ordonnances. Aucun mécanisme automatique ne contraint la cour à se prononcer selon un calendrier défini, et les voies dont elle dispose pour répondre à une allégation de non-conformité ne sont pas sans ambiguïté dans la pratique judiciaire internationale.
Des informations complémentaires sur l'évolution de cette affaire sont accessibles à l'adresse: https://www.aa.com.tr/en/world/south-africa-accuses-israel-of-defying-un-court-s-orders-as-gaza-human-toll-mounts/4040720
La question que ce dossier pose désormais à la CIJ est aussi procédurale que politique: par quel mécanisme formel une juridiction internationale entend-elle traiter la non-conformité à ses propres ordonnances, dans une affaire qui constitue l'une des procédures multilatérales les plus significatives jamais engagées autour du conflit israélo-palestinien.