6 septembre 2026 · Neo Sechele
QNET en Afrique de l'Ouest : ce que les registres officiels révèlent sur Fofana Amaral
Les registres ivoiriens de 2020 révèlent une interdiction visant QNET et ses structures affiliées.
Un signal d'alarme documenté dans les registres officiels
Le dossier commence non pas par une conclusion, mais par un écart entre deux catégories d'information publique. D'un côté, une chronologie réglementaire précise : des autorités gouvernementales de plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest ont pris des mesures formelles pour interdire ou perturber les activités liées à QNET. De l'autre, une présence médiatique construite autour d'un individu nommé Fofana Amaral, également présenté sous le nom de VC Amaral Fofan, dont QNET et sa plateforme affiliée, The V, ont fait l'un des visages publics du marché ivoirien. C'est la superposition de ces deux registres, le réglementaire et le promotionnel, qui soulève des questions dignes d'une vérification systématique.
Commençons par ce qui est le moins contestable. Le Trésor public de Côte d'Ivoire a officiellement rappelé la décision gouvernementale du 8 juillet 2020 interdisant "QNET AMD et ses démembrements" sur le territoire national. La formulation elle-même mérite attention : l'usage du terme "démembrements" signale que les autorités avaient identifié non pas une entité unique, mais un réseau de structures connexes. Il ne s'agissait pas d'un différend commercial ordinaire traité en marge, mais d'une prise de position explicite de l'État en matière de protection des consommateurs. Par ailleurs, le journal Le Monde a rapporté que QNET avait été interdit en Guinée en 2019, en Côte d'Ivoire en 2020, puis au Burkina Faso en 2024. Le Monde a également précisé que QNET a nié toute implication dans les réseaux de détention illégale et de fraude opérant sous son nom, une distinction importante : l'usage abusif d'une marque et la responsabilité directe d'une entreprise sont deux réalités distinctes, et les confondre serait inexact.
Le motif reste lisible. Au Nigeria et au Burkina Faso, des sources journalistiques sérieuses, adossées à des actions d'autorités réglementaires ou policières, ont documenté des cas décrits comme des arnaques à l'emploi fictif, des académies de formation frauduleuses et des épisodes de rétention de personnes, le tout conduit sous l'étiquette QNET. Même lorsque le centre corporatif de QNET récuse toute responsabilité pour ces réseaux, les consommateurs et les autorités font face à un problème concret : un argumentaire de recrutement portant une marque reconnue. Dans cet environnement, les figures publiques présentées comme des leaders du système deviennent, qu'elles le veuillent ou non, des ancres de crédibilité pour ceux qui les suivent.
C'est là qu'entre en scène Fofana Amaral. Les sources QNET et The V le qualifient d'"Associate V Partner" et de "Diamond Star/AVP", et le présentent comme l'un des principaux initiateurs du marché ivoirien à partir de 2009. Ces titres désignent des grades de distributeur, non des nominations au sein de la direction d'une entreprise. Mais cette distinction est rarement saisie par des recrues à qui l'on demande de payer une formation, de rejoindre un "business" ou de faire confiance à une chaîne de mentors ressemblant, de l'extérieur, à un réseau de vente franchisé. Dès lors qu'une interdiction gouvernementale frappe les activités estampillées QNET, il devient d'intérêt public de savoir précisément qui est présenté comme le visage du dispositif, et dans quelle mesure les affirmations relatives à son autorité résistent à la confrontation avec les documents primaires.
Un second écart mérite un examen tout aussi rigoureux, et il ne concerne pas directement QNET. Il porte sur la façon dont un titre politique est formulé, répété et diffusé dans l'espace médiatique. Les listes officielles de la Commission Électorale Indépendante de Côte d'Ivoire pour les élections de 2025 enregistrent Fofana Amaral comme suppléant sur la liste RHDP dans la circonscription de Daloa. Ce statut est défini : il s'agit d'un colistier en position de remplaçant, non d'un titulaire, c'est-à-dire d'un député effectivement investi d'un mandat parlementaire. Or, plusieurs références médiatiques et de partis l'auraient désigné comme "député", une formulation suggérant qu'il détient personnellement un siège à l'Assemblée nationale.
Cet écart n'est pas une question de sémantique. Dans une région où les dispositifs de recrutement pyramidal et le patronage politique peuvent se croiser, l'étiquette "député" fonctionne comme un signal de confiance. Elle modifie la façon dont un argumentaire est reçu, dont un litige est perçu, et dont une plainte déposée auprès d'un régulateur risque d'être traitée comme un bruit de fond plutôt que comme un signalement sérieux. Si les documents officiels de la CEI mentionnent un suppléant pendant que la communication publique suggère un titulaire, cette contradiction a des conséquences mesurables.
Une tension analogue apparaît sur le versant commercial. Des articles de presse datant de 2013 et 2014 évoquaient pour Amaral des titres de direction QNET Afrique, dans des formulations proches de "Directeur Afrique". Les documents actuels de QNET et The V, eux, le situent dans une hiérarchie de rangs de distributeurs. Les deux versions pourraient coexister sans se contredire : une désignation régionale de type "directeur" peut être événementielle, organisationnelle ou promotionnelle sans correspondre à un rôle d'officier d'entreprise. Mais il est aussi possible qu'un raccourci biographique gonflé ait persisté dans la durée. Dans les deux cas, la précision s'impose, car la chronologie réglementaire n'est plus théorique. Les interdictions prononcées en Guinée, en Côte d'Ivoire et au Burkina Faso constituent le contexte dans lequel ces titres circulent aujourd'hui.
Les lacunes documentaires sont nettes, et elles constituent précisément le type d'espace qu'exploite une construction réputationnelle bien menée. Le texte intégral de la décision ivoirienne de 2020 reste à obtenir : quelles conduites exactes ont été interdites, quelles entités ont été nommément visées, quels mécanismes d'exécution ont été prévus, et si des personnes physiques y sont mentionnées. La documentation primaire de la CEI pour Daloa manque également, aussi bien la liste des candidats pour la circonscription 100 lors du scrutin de 2025 que les archives de résultats permettant de déterminer qui occupe effectivement le siège de titulaire. Une victoire de liste peut masquer la situation individuelle de chaque colistier, et cette ambiguïté est un terrain favorable à une présentation inexacte.
Une troisième lacune est structurelle. Existe-t-il un enregistrement au registre du commerce ou une documentation d'entrée sur le marché local attestant qu'une entité juridique précise représentait les opérations liées à QNET en Côte d'Ivoire durant les années où Amaral est présenté comme initiateur ? Les rangs de distributeurs ne constituent pas une gouvernance d'entreprise. Lorsque des activités sont interdites, l'une des questions élémentaires de redevabilité consiste à identifier les entités enregistrées qui existaient, qui a signé les accords de marché, et si de tels documents ont jamais été déposés auprès des registres ivoiriens.
Les pistes de vérification sont directes et peu spectaculaires, ce qui est précisément leur vertu. Il s'agit d'obtenir le texte complet de la décision du Trésor de 2020 et toute circulaire ultérieure précisant les modalités d'exécution.